MES 400 COUPS DE CINEMA ALGEROIS

Cinémas algérois
Album : Cinémas algérois

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 Le public algérois aimait-il le cinéma ?

La réponse tient dans un nombre : plus de cinquante salles à Alger en 1962 !

Des plus grandes aux plus petites, des plus luxueuses aux plus modestes, de Bab-el-Oued à Hussein Dey, avec une répartition plus importante sur l’axe royal rue d’Isly – rue Michelet.

Deux grandes périodes d’apparition de ces salles : avant et après 1945.

Les quinze dernières années ont vu en effet fleurir un assez grand nombre de salles d’aspect extérieur et intérieur plus attrayant, lumineux, d’une capacité notoire, et situées uniquement dans le centre ville.

Les noms mêmes quelque peu immodestes de ces grandes salles, le Versailles, le Paris, l’Empire, comparés aux salles anciennes aux noms convenus, le Lux, le Rio, le Midi-Minuit, indiquent bien l’évolution d’un public qui souhaite que le spectacle soit à la fois sur l’écran et dans la salle.

Par contraste avec une salle comme le Caméo, située boulevard Baudin au fond d’un couloir peu engageant mais dont l’avantage était d’offrir un lieu discret aux couples dont le film n’était pas la préoccupation première !

Après les années 50 la capacité des grandes salles leur a permis d’accueillir cette nouveauté que furent les « Avant-premières », devant un public heureux de découvrir le réalisateur d’un film entouré d’acteurs qu’il identifiait enfin !

La Télévision ne démarre en Algérie qu’à partir de 1956-57, sur une seule chaîne, le nombre de postes reste réduit, et leur coût élevé : en 1958 seulement 6000 récepteurs en Algérie pour 1million 100 mille en Métropole – Et seul Alger est desservi.

Aussi la soirée cinéma reste l’attraction dont le succès se prolonge jusqu’en 1962. Les salles sont pleines, un film tient normalement une semaine, plus selon son succès mais uniquement pour les salles du centre.

Durant la deuxième guerre mondiale les films américains et anglais sont évidemment interdits. Ils arrivent progressivement après le débarquement américain à Alger de 1942 et le public émerveillé découvre John Wayne dans « La chevauchée fantastique » – réalisateur John Ford. Humphrey Bogart Ingrid Bergman dans « Casablanca » – réalisateur Michael Curtis – Orson Welles et Citizen Kane 1940…Les dessins animés de Tex Avery, 1945 – et que dire de l’émerveillement le soir de la première projection à Alger en 1950, et en technicolor de « Autant en emporte le vent » Victor Fleming 1939 !

La production anglaise n’est pas en reste avec des chefs-d’œuvre comme « Noblesse oblige » Réalisateur Robert Hamer 1949 avec le distingué Alec Guiness. Les Chaplin et les Laurel et Hardy, interdits eux aussi des années, réapparaissent…

Cet afflux subit de films de qualité dès 1945-50 fut un facteur déterminant de la création des salles d’un style nouveau à Alger. Cela a aussi contraint la presse quotidienne régionale « Echo d’Alger » « Journal d’Alger », « Alger républicain » à consacrer une rubrique de critique régulière au cinéma, sous les signatures de Pierre-Armand Fabrega, André Sarrouy, Stern, etc…

Les grandes salles des années 45-50, on ne disait pas encore les grands complexes, malgré un taux de remplissage quasi assuré doivent afin d’équilibrer un budget qui reste lourd (surface occupée, personnel, entretien etc…) trouver un financement complémentaire par le biais de la location de leurs établissements en dehors des heures de projection.

Situation d’autant plus intéressante qu’Alger ne dispose alors que d’une seule salle de spectacle de grande capacité : Le Majestic. En dehors du Casino Music-Hall ou de l’Opéra aux programmations spécifiques. La salle Bordes, rue Berthezène, de dimension moyenne reçoit les Jeunesses Musicales de France le dimanche matin, ainsi que quelques spectacles du CRAD – Centre Régional d’Art Dramatique – les galas de variétés de la Loterie Algérienne présentés par le sympathique Alec Barthus en alternance avec Robert Salis, les premières émissions de Télévision en direct, et quelques conférences de grandes personnalités du théâtre : Charles Dullin ou encore Ludmilla Pitoëff.

A noter que Robert Salis est le fils de Rodolphe Salis, mémorable créateur du Cabaret « Le Chat Noir » à Montmartre au début du 20e siècle.

La Radiodiffusion, France V de son côté ne disposant pas elle-même d’auditorium pour ses émissions publiques, utilise la scène du cinéma Le Paris, 2 rue Tancrède, au centre de la rue d’Isly, pour un spectacle hebdomadaire de variétés, en public, présenté le dimanche matin par le populaire animateur Jack Redson, avec sa compagne Eléonore.

Le Paris accueille également des cycles de conférences permettant de recevoir romanciers, explorateurs, avocats etc… Maître René Floriot, pénaliste réputé, y fit un jour un plaidoyer retentissant dans lequel il démontrait que la plus grande inquiétude d’un défenseur lors d’un procès était la déposition des femmes. Par leurs travestissements de la vérité, et l’inexactitude voulue ou non de leur déposition, elles risquent de battre en brèche une défense, disait-il ce jour-là devant une salle fort heureusement en majorité masculine, faute de quoi il eut été hué.

Le Majestic, la plus vaste salle algéroise située à Bab-el-Oued, de par sa capacité – 2498 places – est la seule à pouvoir accueillir d’immenses stars de Music-Hall, telle Edith Piaf entre autres, qui y fit un triomphe dans les années 57-58.

Par comparaison : L’Empire contient 1408 places, Le Variétés 859 et le Régent 573.

De capacité moindre l’Olympia, fort jolie salle, 2, rue de la Poudrière, au début de la rue d’Isly, reçoit la jeunesse algéroise le dimanche matin pour le cycle de conférences, très suivies, de « Connaissance du Monde ». Souvenir dans ce même Olympia de ma découverte vers 1950 de la version bouleversante des « Misérables » de Raymond Bernard – 1933 – Harry Baur-Jean Valjean face à Charles Vanel-Javert, Charles Dullin-Marguerite Moréno : les Thénardier ! Rien ne peut égaler un pareil quatuor – Vision inoubliable d’Harry Baur traversant les égouts de Paris portant sur son dos Jean Servais-Marius !

Le Studio Aletti, situé dans l’Hôtel Aletti, boulevard Carnot, plus petite salle encore accueille des soirées poétiques et musicales. Le Conservatoire d’Alger y présente ses auditions d’élèves, et y donne quelques pièces mises en scène par les professeurs d’art dramatique qui trouvent là un lieu plus intime et chaleureux que la scène de l’Opéra où se déroulent les concours publics de fin d’année.

Les Ciné-Clubs algérois voient dans la multiplication de ces salles l’opportunité de programmer des séances vers la jeunesse à une heure où elle est disponible ! Elles auront lieu le dimanche matin à 10h30 au Rex, rue Horace Vernet ou au Français, rue Denfert Rochereau – Programmation éclectique de Charlie Chaplin à Buster Keaton qui déclenchent les rires de ce jeune public désormais cinéphile convaincu !

De toutes ces salles d’Alger petites et grandes, celle dont le souvenir restera à jamais le plus émouvant est celle de l’enfance et de l’adolescence.

Oh « Cinéma Paradisio » comme vous avez bien dit cela –

Ma salle d’enfance, ma salle de cœur, est une vieille salle, très grande -698 places dont les sièges rabattables sont en bois, inconfortables et font un bruit de claquement sec à chaque nouvel arrivant. Située au haut des Tournants Rovigo, quartier très populaire à quelques dizaines de mètres de la Casbah, toutes les Communautés s’y retrouvent dans une ambiance bruyante et bon enfant que seul le noir de la salle apaisera provisoirement.

Nous l’appelions « Le Montpensier », un petit square avec kiosque à musique portant le joli nom de Square Montpensier jouxtant notre cinéma de quartier, loin des lustres des belles salles du centre. Dans les premières années de mon souvenir, lointain, une ouvreuse munie d’une petite lampe de poche vous accompagne à votre place si vous êtes en retard. Nous la retrouverons à l’entracte, panière en osier attachée au cou, venue nous proposer bonbons et esquimaux gervais.
A ce moment là nous aurons déjà vu les « Actualités françaises » au coq victorieux sur une musique de générique claironnante, et entendu une voix de speaker ténorisante nous présenter les derniers évènements du monde.

Quelque « attraction » plus ou moins heureuse lancera la deuxième partie de la soirée : prestidigitateur aux tours incertains, quelque chien savant parfois, humoriste plus ou moins drôle les jours fastes, le tout d’un accès facile et chahuté si la prestation est par trop insuffisante…

Heureuse époque sans Télévision où la soirée cinéma est la distraction hebdomadaire traditionnelle en famille ! On va au cinéma, souvent à jour fixe, sans se préoccuper de la programmation. De toute façon un seul film est à l’affiche chaque jour. Nous verrons ce film, bon ou mauvais, long ou court, fort amusant ou triste à pleurer !

Un petit carnet ressurgi par je ne sais quel miracle où je notais chaque semaine le dernier film vu, récapitule ainsi le nombre de navets ou de ce qui ne s’appelait pas encore les séries « B » qui ont alterné fort heureusement, avec de grandes productions, voire quelques chefs d’œuvres.

Reste le souvenir de Pierre Fresnay auquel Von Stroheim crie dans la nuit « Boïeldieu, revenez, revenez ! », Gabin enlaçant Morgan sur la plus belle réplique du cinéma de Marcel Carné : « T’as de beaux yeux, tu sais ». Louis Jouvet-Michel Simon se demandant lequel des deux a dit « Bizarre ! ». Gabin Pépé le Moko derrière les grilles du port voyant partir Anabella…

                                                 Ces grilles du port d’Alger…

Publié dans : Mes 400 coups de cinéma algérois |le 26 février, 2010 |Pas de Commentaires »

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