L’EMISSION ENFANTINE DE RADIO ALGER

Lenfantine
Album : L'enfantine

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Dans le foisonnement intense de la vie radiophonique de l’entre-deux-guerres, à Radio Alger, avant l’apparition de la Télévision, trois émissions marquent particulièrement le souvenir de cette époque :

La policière, les dramatiques (évoquées par ailleurs dans ce « blog ») et l’enfantine.

L’enfantine est née de l’imagination du couple José Pivin et Polène.

José Pivin (1913-1977) entre en 1942 à la Radio d’Alger qui porte le nom de Radio France jusqu’en 1945. Il assume la responsabilité du service littéraire de la station tout en collaborant à la revue littéraire « Fontaine » de Max-Pol Fouchet.

Il crée lui-même une revue littéraire « Soleil » en compagnie de Jean Sénac, Emmanuel Roblès et Jean Grenier publiant des auteurs algériens.

Après plus de quinze années passées à Radio Alger, rentré en France en 1958 José Pivin poursuit sa tâche de réalisateur à Radio France – Une de ses dernières grandes réalisations :

« L’Opéra du Cameroun », diffusé sur France Culture du 25 au 30 avril 1977.

Polène est native d’Aïn -Taya, une commune de l’arrondissement d’Alger. Pendant la dernière guerre elle est rédactrice en chef du Journal pour enfants « Tourbillon », et participe par la suite à l’édition algérienne du Journal « Franc-jeu ».

Sa rencontre avec José Pivin, à la fin de la guerre, est le début d’une longue collaboration axée essentiellement sur le monde des enfants, dont ils ont tous deux une fine perception par leur imagination créatrice et leur sensibilité. Ce qui les amène à créer dès 1947 cette émission pour les enfants qui reste liée à leurs deux noms.

L’émission enfantine est diffusée le jeudi matin – jour de congé hebdomadaire des enfants – de 11 h à 12 heures après une répétition  de 9 heures à 11 heures.

Elle se compose d’un feuilleton en plusieurs épisodes, et d’une partie animation faite de jeux, concours et d’une illustration musicale.

Le feuilleton diffusé sur plusieurs semaines est écrit par José Pivin qui adapte les grandes légendes telles que « Le Roi Midas », ou « Le joueur de flûte » de Hamelin.

Ces mini dramatiques sont interprétées, en direct, par une dizaine d’enfants et d’adolescents que Polène forme au fil des années – Et que viennent renforcer des comédiens  adultes de la Troupe dramatique de la station.

Certains de ces comédiens s’adaptent tellement bien au jeu des enfants, qu’ils deviennent des « titulaires » de l’émission : Charles Amler, Jean Glénat, Catherine George ou André Lesage. Pour les séries comportant plus de personnages, des comédiens extérieurs à la troupe de Radio Alger les rejoignent : Michel Aumont (Comédie Française), Pierre Bonzans, Marcel Lemarchand (ex-Comédie Française ) France Noelle (ex- Comédie Française) etc…

Cette partie de l’émission est répétée par les comédiens, grands et plus jeunes sous la direction du  réalisateur et avec le concours du technicien. En effet musiques d’ambiance

et bruitages ont une grande importance, dans l’accompagnement du texte, pour arriver à l’effet souhaité de magie, de vagues, de vent, ou tout simplement de mystère.

Certaine adolescente, invitée pour la première fois de l’émission, découvre avec étonnement et peut être un peu de déception, que le grincement sinistre qui l’effrayait tellement dans un feuilleton, n’est autre que la manipulation du pupitre du piano habilement actionné par le bruiteur.

Le conte constitue à peu près le tiers du temps de l’émission.

La partie animation est l’affaire de Polène seule, qui jette quelques uns des thèmes principaux sur un papier distribué au dernier moment aux adolescents habitués de l’émission, et déjà rompus aux risques du direct.

Mais cette partie n’est quasiment pas répétée et le temps presse… Il y a donc lieu de craindre le pire, qui, miraculeusement ne se produit pas, même si tout à coup Polène rajoute une dernière page oubliée, ou en supprime une parce que l’on est trop long ce jour-là.

Pourquoi ce miracle ?

Parce que Polène a du talent et une imagination folle, comme Pivin d’ailleurs, mais que, de plus, son rapport aux enfants et adolescents est naturel, apaisant et créatif à la fois.

Lorsque le générique de l’émission démarre plus de quinze à vingt personnes dans le studio l’entourent : comédiens, enfants et adolescents, musiciens, invités du jour.

Tous ont le trac,  pas très sûrs du moment où ils auront à intervenir :

Polène grande et belle femme, au milieu de tous ses enfants leur sourit : ils sont rassurés : elle saura rattraper toutes les situations. Certes les invités, venus en curieux assister au déroulement de l’émission sont quelquefois stupéfaits de voir ce désordre apparent dont le rendu à l’antenne ne laisse rien paraître.

Ce désordre apparent est voulu par Polène, qui le génère presque :

Cette liberté, cette imagination, ce sens de l’improvisation elle les communique si bien que ces adolescents en arrivent à l’adopter à leur tour.

Plusieurs enfants et ados ont grandi avec l’émission :

Aline et Paulette Cutaya, Danielle Moha, Christiane Vymétal, Sylvie de Tournemire, etc…

Deux d’entre eux voient leur carrière naître grâce à Polène et à l’émission enfantine :

Bernard Callais véritable pensionnaire de l’émission du jeudi pendant des années – Ensuite lauréat du Conservatoire National d’Art dramatique de Paris, avec un premier prix – Puis interprète du rôle du Christ dans la Comédie musicale « Godspell », avec à ses côtés, entre autres : le chanteur Dave, Armande Altaï, et Daniel Auteuil.

Madeleine Debras, fait elle aussi ses débuts auprès de Polène, qui l’encourage, parallèlement à l’enfantine, à participer à la naissance de la jeune télévision algéroise en 1960, en présentant une émission de livres pour enfants « Mots et Images », réalisée par Marie-Josèphe Dubergey et produite par Polène. Le grand peintre algérois Sauveur Galliéro accompagne l’émission de croquis de plateau.  Madeleine Debras reprend le thème de l’émission pour enfants quelques années plus tard sur l’antenne de Bordeaux-Aquitaine.

Polène sait aussi qu’une émission pour la jeunesse doit être accompagnée musicalement.

Non par des disques qui figeraient l’attention dans le studio pendant leur diffusion, mais par une musique vivante, là aussi en direct. Et elle « invente » le trio des « 3 Muets » – Même si leurs facéties et leurs blagues sont quelquefois involontairement présentes à l’antenne :

Au piano : Martial Ayela, chef d’orchestre de variétés et qui sera par la suite l’un des premiers accompagnateurs d’Enrico Macias ; à la guitare Michel Gésina et Henri Riéra à la batterie.

L’émission se déroule dans les studios du 10 de la rue Hoche, et le jeudi matin la petite cour du bâtiment Radio semble devenir une cour de récréation.

Pour mettre un peu d’ordre dans le déroulement des différentes séquences la présence d’un réalisateur, inquiet à l’idée de ce qu’il découvrira à la dernière minute, n’est pas superflue : José Pivin réalise lui-même l’émission pendant plusieurs années, relayé ensuite par André Lesage, Jean Schetting et André Limoges.

L’émission enfantine de « Radio Alger » (devenue France V) se poursuit jusqu’aux dernières années de la présence française en Algérie – Et pour tous ceux qui, depuis, se souviennent de cette émission, Polène, est le nom magique qui à lui seul évoque liberté, créativité, imagination.

Des générations entières d’enfants lui doivent de merveilleux souvenirs.

Publié dans : L'émission enfantine de Radio Alger |le 21 février, 2010 |18 Commentaires »

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  1. le 29 décembre, 2014 à 14:52 Moha NARBONI Daniele écrit:

    Quels merveilleux souvenirs, peut être les meilleurs de mon enfance. Il ne reste plus grand monde de cette époque mis j’ai des nouvelles de Sylvie de Tournemire et Ghalib Djilali. André Lesage nous a quittés il y a maintenant plusieurs années Laute Santi et Polene étaient à ses obsèques Ceci dit ma
    mémoires de cette époque est encore très claire tant pour les textes que pour les musiques de Pivin.
    Très sincère et amical souvenir
    Daniele Moha Narboni

  2. le 1 janvier, 2015 à 19:36 André écrit:

    Quelle joie, chère Daniele de voir apparaître ton nom sur ce Blog où j’ai tenté de dire nos “aventures” de ce lointain passé.
    Lointain certes, mais si cher à nos coeurs.
    Le hasard réserve bien des surprises, puisque quelques jours avant ton message nous avons reçu des nouvelles de Paulette Cutaya qui venait comme toi de découvrir le Blog.
    Nous savions le départ d’André Lesage et bien sûr de Polène. Je crains que Laure Senty ne soit plus de ce monde.
    Nous te souhaitons de bonnes fêtes de fin d’année.
    André Limoges

  3. le 10 avril, 2015 à 15:02 Georges Martin écrit:

    Quel plaisir et quelle emotionde retrouver 60 ans plus tard un temoignage de ces merveilleux moments de notre jeunesse. J .avais longtemps essaye,sans methode,de retrouver l.un ou l.autre des temoins de cette periode..et,notamment, notre chere Polene, animatrice et v eritable seconde Maman de toute cette petite bande . Moi, je suis Georges, celui qui lit, a droite de la photo. Apres une audition aupres de Polene et J. Pivin,j.avais ete admisaux cotes des autres comediens en herbe. Pas de Conservatoire mais seulement une fascination pour l.univers de la radio et l.atmosphere particuliere des lectures , repetitions e t du direct du jeudi matin. Je me souviens, comme si c.etait hier, de Paulette et Aline, Christiane et,bien sur de Bernard …Nous lui criions Allez Sandar dans les episodes des fameux Maillots noirs..tout comme nous repeignions aux couleurs de l.ete la roulotte des Bohemiens des Algues . J.ai alors perdu un peu de ma timidite et, retrospectivement, je vous dis a tous merci pour ces merveilleux moments. Grand merci aussi a Andre Limoges pour le joli regard qu.il a porte sur cette periode. G.M. Vous souvenez vous aussi du jeudi qui suivait Noel ou Polene nous organisait un petit gouter te ou nous lui remettions un cadeau ? Quelques rares rencontres durant ces 60 annees . Fin des annees 60, E. Nagy a Toulouse..Denis Daniel, dans une tournee Barre.Borelli dans le Nord et meme Max Roire dans une tournee au Theatre du Nord.

  4. le 30 avril, 2015 à 19:51 André écrit:

    Cher Georges – la lecture de votre message me laisse à penser que vous avez retrouvé avec émotion les fantômes de votre jeunesse
    et que vous vous êtes évadé à “La poursuite des maillots noirs” et des “Bohémiens des algues” comme aux beaux jours de l’Enfantine.
    Je suis heureux d’avoir pu ranimer ces souvenirs enfouis que quelques uns ont découvert comme vous : Paulette Cutaya, Christiane Vymétal,
    Danièle Moha, très attachées au rayonnement que Polène savait répandre autour d’elle par cette émission.
    Votre nom remplacera bientôt le “inconnu” de la photo, vous rendant justice !
    Très amicalement à vous.

  5. le 27 décembre, 2015 à 22:05 potié écrit:

    Bonjour. J’ai en tête, mais est-ce bien exact?.., un cri d’encouragement à « Maillots noirs, Maillots noirs…toujours premiers à l’abreuvoir… » ou encore « c’est le pays du chardon bleu où tous les ânes sont heureux… »ou bien encore les animateurs « Raisin sec et Pépin de coing »…que j’écoutais sur le poste radio parental ou bien encore les émissions policières le soir qui me faisaient un peu peur…

  6. le 30 décembre, 2015 à 19:44 André écrit:

    Bonjour ! Que ces maillots noirs, et ces chardons bleus ressuscitent par vous plus de cinquante années après avoir claqué sur les ondes de l’Emission enfantine est un vrai plaisir et une joie
    que je partage amicalement avec vous. L’émission policière fut durant des décennies la production star de Radio Alger – L’on se réunissait en famille pour l’écouter dans le silence !
    Et le bruitage qui évoquait une porte qui s’ouvre en grinçant (réalisé avec le pupitre du piano) a fait frémir plus d’un enfant.

  7. le 5 janvier, 2016 à 0:00 potié écrit:

    Mille fois merci André pour votre blog…Ma mère Marie-Antoinette Poulat (1er prix de l’Opéra d’Oran élève de Mme Jeanne Campredon ) avait participé avec des comédiens-chanteurs de RADIO ALGER à un enregistrement de l’opérette « Monsieur choufleuri restera chez lui » de Jacques Offenbach…Elle en reparlait très souvent avec émotion et fierté…

  8. le 24 janvier, 2016 à 19:13 André écrit:

    Je n’ai pas eu le plaisir de connaître votre mère, mais j’ai eu celui de participer à plusieurs enregistrements d’opérettes avec les comédiens de Radio-Alger et des chanteurs de l’Opéra. Et je confirme tout à fait ce que vous dites : chanteurs et comédiens étaient très heureux de jouer ensemble.
    A. Limoges

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