FIGURES ALGEROISES : LE CHANOINE THIOLLY DE L’EGLISE SAINTE CROIX

Eglise Sainte Croix
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L’Eglise Sainte Croix d’Alger se situait tout en haut de la Rampe Vallée, à quelques dizaines de mètres de la Casbah, face à une porte célèbre : La « Porte du Sultan », à laquelle étaient suspendues des chaînes. Selon la légende, lorsqu’un voleur était poursuivi, il s’enfuyait par cette porte. S’il arrivait à se suspendre aux chaînes il comparaissait devant le Dey d’Alger, qui le plus souvent le graciait.

La paroisse Sainte Croix couvrait une superficie fort importante : tout le haut des Tournants Rovigo jusqu’au square Montpensier, la cité Bisch, la très longue rue Dupetit-Thouars, tout le quartier des Tagarins, et bien au-delà encore, l’église la plus proche étant ensuite celle d’El-Biar.

Le Chanoine Thiolly en a assumé la charge pendant plusieurs décennies avec une bonté infinie et une intelligence rare. Docteur en Théologie l’on aurait plutôt imaginé son ministère dans quelque Séminaire ou Faculté catholique. Le destin en avait voulu autrement :

Le Chanoine Thiolly serait curé de Sainte Croix, soit de quartiers d’Alger de condition modeste, mais surtout de quartiers où se côtoyaient espagnols, italiens, mahonnais, corses, maltais, tous catholiques pratiquants sinon fervents.

La grand messe du dimanche voyait toute la communauté rassemblée, dans cette église assez petite, et de plafond pas très haut : il s’agissait d’une ancienne mosquée comme la cathédrale d’Alger, située à l’autre extrémité de la Casbah, vers le Port.

En cette époque lointaine la messe commençait par la bénédiction des fidèles :

Le prêtre traversait toute l’église pour cette cérémonie accompagnée d’un chant d’introduction :

« Asperges me, Domine, hyssopo et mundabor »

Vous m’aspergez Seigneur avec l’hysope et je serai purifié.

FIGURES ALGEROISES : LE CHANOINE THIOLLY DE L'EGLISE SAINTE CROIX dans Figures algéroises : Le Chanoine Thiolly transLes affres du brave curé commençaient dès cet instant, car à sa phrase d’entrée, la chorale répondait… à pleine voix.

Les sœurs Mikaleff dominaient de leur imposante stature les autres choristes. Elles donnaient le « la », ou le ton en quelque sorte. Elles y mettaient une foi vibrante et sonore, touchante certes n’était la justesse musicale, et dans leur puissance communicative elles entraînaient l’ensemble du chœur !

Le Chanoine Thiolly n’était pas qu’un distingué théologien, il avait, hélas, une oreille juste qui souffrait du moindre décalage musical. Se dirigeant vers l’autel après la bénédiction il lançait un regard presque suppliant vers sa chorale, dans l’espoir, vain il le savait, d’une suite musicale plus harmonique.

L’office se poursuivait sans trop de dégâts jusqu’au « Kirie, eleison » Seigneur ayez pitié de nous, que le prêtre entonne, invoquant les personnes de la Sainte Trinité, et auquel doit répondre le chœur – à quatre reprises. En implorant le Seigneur le bon Monsieur Thiolly le suppliait certainement afin qu’une grâce divine descende sur sa chorale, tel l’Esprit Saint, et lui donne la justesse ad vitam aeternam.

Mais la justice divine a des décisions insondables : voulait-elle châtier ce saint homme de quelque véniel pêché ? Les sœurs Mikaleff dominant à la fois le petit harmonium et les autres choristes poursuivraient le supplice de notre chanoine jusqu’au « Ite Missa est » qui le délivrerait enfin de ces dissonances si douloureuses à son oreille musicale.

Quelle était belle pourtant la foi des sœurs Mikaleff : si profonde, si sincère – une foi non pas de charbonnier, non, mais de filles de laitier : car leur père, Monsieur Mikaleff, avec courage et une incroyable ténacité, avait réussi à créer aux Tagarins une entreprise de laiterie, très prospère, qui pouvait donner à ses filles les plus grandes espérances.

Mais revenons à notre messe du dimanche, où, enfants nous étions disposés à gauche pour les filles, à droite pour les garçons. Cet âge turbulent nécessitait quelque discipline.

Le fidèle Monsieur Reco surveillait les garçons, son seul regard imposait le silence.

Les filles avaient moins de chance, Madame Bagur étant la rigueur même. Toute vêtue de noir, un serre-cou accentuant son aspect austère, elle était redoutée pour sa sévérité. Entièrement dévouée au service de la paroisse elle a enseigné le catéchisme à plusieurs générations d’enfants, qui ont pu oublier certaines de leurs prières, mais reverront toujours la silhouette grave de « Madame Bagur de l’église Sainte Croix ».

A l’issue de la messe nous étions récompensés de notre sagesse par un petit biscuit à champagne, mais sans champagne !

Le Patronage Sainte Croix fondé en 1907, dont le siège social se trouvait 7, rue Dupetit Thouars organisait de multiples activités sportives et musicales.

C’est ainsi que « La Lorraine sportive » fondée en 1920, participant à de nombreux concours eut l’insigne honneur en 1936 d’enlever le Grand Prix du Concours National des Harmonies, à Saint Gaudens, en France.

Ce fut la plus belle des récompenses pour cette paroisse laborieuse et pour son Chapelain à l’oreille musicale enfin satisfaite !

Publié dans : Figures algéroises : Le Chanoine Thiolly |le 16 février, 2010 |2 Commentaires »

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 1 janvier, 2015 à 21:55 de Crescenzo Jean Pierre écrit:

    Certains vétements du Chanoine Thiolly étaient fait par ma Grand Mére Madame de Cresenzo et brodés par sa fille Madame Frizzi , j’aurais souhaité en conserver un mais hélas !

  2. le 5 janvier, 2015 à 23:06 André écrit:

    Je me souviens fort bien du nom de votre tante Madame de Cresenzo – Elle faisait partie des “Dames de Charité” que présidait ma tante Mme Barteaux.
    Le Chanoine Thiolly, vous le savez peut être est décédé à plus de 100 ans, dans la ville de Vauclaire.
    Un souvenir personnel me lie au Chanoine Thiolly – Tout enfant je servais sa messe du matin, à Sainte Croix, comme tous les autres enfants du catéchisme – A 7 heures du matin, en hiver, il faisait encore nuit – Durant la messe, tout à coup, un petit brouhaha au fond de l’église – J’ose me retourner timidement et j’aperçois une nombreuse famille gitane portant un enfant dans les bras – Ils me font signe de venir vers eux, insistent vivement et souhaitent faire bénir un petit enfant mort.
    J’ose alors ce sacrilège : je m’approche de M. Thiolly, tourné vers l’autel (nous sommes en 1944) et lui dit dans un souffle ce qui se passe. Il me dit de les faire attendre.
    Puis il bénira cet enfant et ils partiront l’ensevelir.
    Epoque heureuse, bien différente de la nôtre, où un petit gitan se voit refuser une sépulture.
    Qu’en pense le Chanoine Thiolly là où il est ?
    André Limoges

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