FIGURES ALGEROISES : ALFRED KLEPPING

Alfred Klepping
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Durant plusieurs décennies la page 2 de « L’Echo d’Alger » fut agrémentée d’une rubrique toujours lue avec curiosité pour les multiples petites nouvelles qu’elle comportait sur la vie et les évènements de la ville : fiançailles ou mariages d’Algérois connus, changement de cabinet d’un médecin, récompense obtenue par un enfant de la Cité dans un concours national etc… Le tout entrecoupé de courtes annonces publicitaires de salons de coiffure, du « Café Nizière préparé pour vous plaire, de l’un des sept magasins de « Chaussures Bata » de la capitale :

« Pas un pas sans Bata » ! etc…

En tête de rubrique, chaque jour, un court billet d’humeur qui pouvait être cinglant, à la manière de Robert Escarpit à la « Une » du Monde à quelques années de là – relié à l’actualité, quelquefois pas du tout, le chroniqueur se réservant de faire passer une idée ou une réflexion personnelle dans ce papier signé :

A. K

Signature restée mystérieuse pour beaucoup d’Algérois.

Alfred Klepping, homme de grande culture maniait un français parfait, avec une sorte d’exigence pointilleuse. Cette exigence il l’étendait à l’ensemble du Journal avec la même rigueur que celle qu’il manifestait dans « De tout un peu » sans que jamais sa lecture soit pédante.

Sa présence à « L’Echo d’Alger » ne pouvait être, probablement qu’alimentaire, car il avait deux autres passions, toutes deux passant par l’écriture.

Le Journal « La Fronde », hebdomadaire créé en 1920 et poursuivi jusqu’en 1962, dont il demeura l’unique rédacteur, fut l’une de ces passions.

Le titre provocateur indique bien la volonté dérangeante de cet homme aux idées fortes. L’injustice, la fatuité, le paraître sous toutes ses formes, la bêtise et le mensonge surtout lorsqu’ils étaient politiques le mettaient en rage.

« J’entre en une humeur noire, en un chagrin profond

Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font »

Alceste n’est pas loin, mais Alfred Klepping ne fuit dans aucun désert, il reste, et il se bat avec sa plume.

Le Journal vivait par abonnements, et de quelques placards publicitaires.

Les abonnements se raréfiant progressivement La Fronde dut accueillir pour survivre : « les annonces légales » dont la parution obligatoire fut une manne. Ce qui lui permit de faire passer jusqu’en 1962 les valeurs fortes qui l’animaient toujours.

L’autre forme d’écriture passion fut le théâtre.

Alfred Klepping écrivit des dizaines de pièces, quelquefois en vers. Certaines d’entre elles ont été créées sur les ondes de la Radio d’Alger, par la solide Troupe de la Station de la rue Hoche, dont il était le voisin car il habitait 2, boulevard Victor Hugo.

C’est ainsi que :

« La Grande Fresque, pièce radiophonique en deux actes et cinq tableaux – En vers » fut créée à Radio PTT à Alger le 22 juin 1939 à la Soirée de Gala organisée en l’honneur des Fêtes du Cent Cinquantenaire de la Révolution française.

Le premier tableau « La Prise de la Bastille » commence par une superbe envolée lyrique de Camille Desmoulins :

« Je suis le porte voix de l’âme populaire.

Tout ce qu’il étouffait dans sa sourde colère,

Ce peuple de Paris, misérable et loyal,

Je l’ai crié pour lui dans le Palais Royal !

Parmi une vingtaine d’autres titres : l’Ame française, Le devoir, la Marseillaise, Résurrection, etc… tous indiquant l’esprit profondément patriotique de l’auteur.

Deux vers d’Alfred Klepping, de son poème « Le palmier du lac » paru dans La Fronde du 15/1/1948 disent peut-être mieux que tout commentaire ce que fut cet homme :

« J’aurai vécu, palmier, comme toi sur la terre

Les pieds dans la fange, et le front dans le ciel. »

J’ai eu à le rencontrer quelquefois, lui transmettant des messages à faire paraître dans « De tout un peu » de l’Echo d’Alger :

Une porte s’entrouvrait au minimum nécessaire pour laisser deviner une paire de lunettes sur le bout du nez et un regard interrogateur, sans aucune question.

Message remis il refermait au plus vite sans un mot.

Loup solitaire, désabusé aussi sûrement, mais l’une des fines plumes d’Alger aux côtés d’Edmond Brua, son confrère et néanmoins ami du « Journal d’Alger ».

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