FIGURES ALGEROISES : DE AÏZER A HAÏM CHERKI – UNE GRANDE FAMILLE JUIVE D’ALGER

De Aïzer à Haïm Cherki
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Le patronyme Cherki signifie en arabe l’Oriental. Les Cherki seraient originaires de Majorque, à l’est de l’Espagne, la grande majorité des juifs étant alors de langue et culture arabe.

Aïzer Cherki, le patriarche de cette grande famille, est né à Médéa le 2 août 1893 dans la fratrie de onze enfants de Sultana et Messaoud Cherki.

Enfant, le jeune Aïzer connaissait déjà par cœur des pans entiers de la Bible, et plus tard il récitera de mémoire 150 psaumes en introduction à la fête de YOM KIPPOUR.

Bouleversé par la mort de son frère Naphtali, durant la guerre de 1914, il portera en étendard toute sa vie la grande et majestueuse barbe qui le distinguera.

Dès les années 1920 son activité concernant la communauté juive n’aura pas d’équivalent chez les autres personnalités locales.

C’est ainsi qu’en 1941, le régime de Vichy ayant chassé les élèves juifs des écoles primaires, secondaires et de l’Université, 1800 enfants se trouvant tout à coup rejetés de leur établissement, Aïzer Cherki persuade les enseignants juifs, eux-mêmes expulsés, de faire fonctionner des écoles juives.

Elles accueilleront ces enfants et leur donneront, outre un enseignement général, les bases d’études proprement juives.

L’hébreu était langue obligatoire plusieurs heures par semaine et pendant le CHABBAT les écoles étaient fermées. Comme les Juifs n’étaient pas exclus des examens publics ( les lois discriminatoires restant muettes à ce sujet) ils s’y présentèrent et les résultats obtenus furent surprenants et dépassèrent souvent ceux des écoles d’où les enfants avaient été exclus.

Mais le souvenir le plus important et le plus fervent laissé dans sa communauté par Aïzer Cherqui est celui de son action en faveur de l’ALIYA (le retour vers Israël) des Juifs d’Afrique du Nord.

En effet les autorités britanniques limitant l’Aliya des Juifs il fallait organiser une ALIYA illégale - Aïzer Cherki en fut un réalisateur passionné :

Des milliers de Juifs venus du Sud Algérien et du Maroc transitèrent par Alger où ils étaient acheminés clandestinement sur de vieux rafiots achetés non moins clandestinement.

Aïzer Cherki, aidé d’un certain nombre de militants préside alors une association d’assistance destinée à cette action de retour de l’ALIYA.

Un témoin raconte que durant les semaines qui précédaient les départs d’un bateau des familles juives, par tribus entières s’entassaient dans les locaux du Consistoire, 11, rue Bab- el- Oued, avec leur kanoun, jusque dans les escaliers, à la grande frayeur des responsables communautaires.

Afin de ne pas éveiller les soupçons de la Maréchaussée les embarquements clandestins se faisaient la nuit à 40 kms d’Alger près de Baraki – Et à l’aube, l’embarquement terminé le bateau levait l’ancre.

Son action constante a fait de Aïzer Cherki un être d’exception tant par son engagement en faveur de ce retour des Juifs vers Israël que par son attachement viscéral à être Juif qui le conduisit à prendre la Présidence de la Fédération Sioniste d’Algérie qui le fit rencontrer aussi bien Vladimir Jankélévitch, qu’Arnold Mandel ou le Professeur Henri Aboulker lors de nombreux travaux.

Dans sa vie professionnelle, et à la tête d’une famille de dix enfants Aïzer Cherki fut un commerçant entreprenant : il importa des légumes secs et des graines de toutes les parties du monde, acheta et vendit des laines brutes, importa des automobiles et des chaussures de sport de Tchécoslovaquie !

Son affaire prit progressivement un essor considérable auquel il associa son fils aîné Haïm, après l’obtention de son Doctorat de droit.

Haïm Cherki aura, à son tour, une grande influence sur la vie culturelle juive en Algérie – Avec son beau-frère Jacques Lazarus ils fondent un Centre Culturel Juif, 38, rue Michelet à Alger, disposant d’une importante Bibliothèque de Prêt.

L’organisation de conférences Salle des Actes de l’Université voit ainsi la venue de personnalités prestigieuses de l’historien Jules Isaac à André Néher, Emmanuel Lévinas, Arnold Mandel, etc…

Jacques Lazarus crée alors à Alger un Journal : « Information Juive – Organe mensuel du Comité Juif Algérien d’Etudes Sociales » dans lequel on retrouvera quelques grandes signatures d’André Spire, Emmanuel Lévinas à Arnold Mandel.

Parallèlement à la création de ce mensuel, Haïm Cherki obtient en 1959 de la Direction de la Radiodiffusion d’Alger (France V) une tranche d’antenne de trente minutes permettant une expression de la vie religieuse juive. Ce qui n’était alors que justice les Confessions Catholique et Musulmane bénéficiant déjà de cet avantage sur leurs chaînes respectives.

Après divers contacts dans la station de Radio Haïm Cherki, que je ne connaissais pas, me propose d’être l’interprète, à ses côtés de cette nouvelle émission dont il écrirait le texte à 2 voix, illustré de plusieurs moments musicaux.

Commence alors pour moi le moment le plus passionnant de mes années Radio à Alger – J’ignore tout de la pratique religieuse juive, je m’en ouvre à Haïm Cherki que cela intéresse d’autant plus qu’il souhaite, face à lui, un partenaire qui ne sachant rien, curieux, pose des questions.

                                               Je serai ce Candide là.

De semaine en semaine je découvrirai la joie de la fête de POURIM, j’apprendrai le respect rigoureux de CHABBAT et du KADDICH exaltant la sainteté du nom divin, et je serai heureux de comprendre que PESSA’H signifie la fête de Pâque juive.

Homme de grande culture mais sans aucune pédanterie, dont les connaissances allaient bien au-delà de la Bible et de la Thora, Haïm Cherki fut un étonnant pédagogue.

Je me pris à l’écouter

L’illustration musicale de l’émission se composait des musiques et des chants de la liturgie juive par ses plus émouvants interprètes.

Un demi-siècle a passé – revient toujours dans ma mémoire la voix déchirante du cantor SHOLOM KATZ égrenant : Auschwitz – Maïdanek, Treblinka…

Après l’émission, chaque semaine Haïm Cherki et moi rentrions à pied par nos Champs Elysées à nous, la rue Michelet, la rue d’Isly, le square Bresson, la rue de la Lyre…

Au passage Haïm me montrait son balcon sur lequel il avait construit une petite cabane de roseaux destinée à l’éducation religieuse de ses enfants ; je comprendrai mieux le sens de l’émission que nous venions de réaliser : SOUKKOT, la fête des Cabanes.

Arrivés place du Gouvernement nous retrouvions quelquefois Aïzer Cherki qui nous offrait une anisette bien méritée après cette longue matinée d’enseignement !

Je me souviens du père et du fils avec émotion. Aïzer Cherki et son fils ont, tous les deux fait leur ALIYA vers Jérusalem avec leurs familles.

Après le décès de son père en 1982 Haïm dans un texte émouvant a relaté les grandes étapes de l’homme exceptionnel qu’il fut « Aïzer Cherki Récit d’une vie – Editions Erez Jérusalem ». C’est à ce texte que je me suis référé pour évoquer leur mémoire.

Haïm Cherki est décédé le 9 mai 2008 à Jérusalem.

Après mon départ d’Alger l’émission se poursuivit jusqu’en 1962, et Haïm Cherki fit appel à un jeune universitaire Albert Bensoussan.

En 1978 Albert Bensoussan professeur d’espagnol et par ailleurs traducteur de l’ensemble de l’œuvre de Mario Vargas Llosa, Prix Nobel de Littérature, évoquera avec humour, le temps de l’émission culturelle juive d’Alger dans son livre émouvant et drôle tout à la fois :

« Au Nadir » (Editions Flammarion).

Dans un ouvrage précédent « Frimaldjezar » (Calmann Lévy 1976) il avait dit déjà dans une écriture superbe « La ville du souvenir, le rêve d’un petit garçon né juif en pays maghrébin ».

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